2 . De nouveaux progrès possibles

A . Maintenir une approche critique du document, même en sixième

L’usage du document en classe a pris une place essentielle dans les pratiques pédagogiques, conformément aux attendus des programmes.
Pour une même séance d’enseignement, on utilise moins de supports qu’auparavant afin de gagner en qualité ce qui est perdu en quantité. Aucun corpus, en effet, ne saurait épuiser un sujet. Les orientations actuelles, largement conditionnées par les épreuves d’examen, insistent sur le relevé (et la mise en relation) d’informations.
Si la mise à distance critique des sources n’occupe pas de place essentielle dans ces épreuves, il apparaît fondamental, pour des raisons scientifiques et pédagogiques, de continuer à exercer les élèves à opérer cette démarche.
· Cela suppose, par exemple, de ne pas utiliser sur le même plan du contenu disciplinaire élaboré (texte d’auteur du manuel, d’historien ou de géographe) et des sources de première main.
· En histoire, le repérage de l’auteur, de la date, du contexte d’un document prend de l’intérêt si cela débouche sur une réflexion s’efforçant de mesurer les limites de cette source et l’écart éventuel entre celle-ci et les faits constituant l’objet d’étude. La complexité d’une telle approche critique nécessite bien sûr une adaptation au niveau des élèves, mais elle apparaît inséparable des objectifs de nos enseignements, de la sixième à la terminale.

B . Identifier et faire identifier les opérations intellectuelles demandées aux élèves

Au sein de séances souvent structurées par une question centrale (et parfois par un vrai problème), les activités proposées aux élèves se sont diversifiées. Elles varient considérablement selon leur durée ou leur niveau de difficulté. Ainsi, nombre d’enseignants définissent une véritable progression annuelle (du plus simple au plus complexe) en relation avec le traitement du programme.
D’une manière générale, l’opération intellectuelle la plus riche relève de la comparaison (l’avant/l’après, l’ici/l’ailleurs…).
Bien identifier, et faire identifier par les élèves, l’opération intellectuelle en jeu au cours d’une « mise en activité » est un élément qui en facilite l’apprentissage. Afin d’alimenter la réflexion sur l’exercice du raisonnement au collège, un groupe de formation-action a été constitué, dont les travaux pourront être utiles à tous, y compris au lycée.
Dans ce domaine, les heures d’enseignement modulaire présentes en seconde visent aujourd’hui, dans la pratique, à faire acquérir des savoirs que l’on peut qualifier de « méthodologiques » ou « procéduraux », en liaison forte avec les futurs exercices du baccalauréat. Si elles rendent d’éminents services, elles sont rarement différenciées en fonction des besoins des élèves. Ainsi, la plupart du temps, toute la demi-classe a la même opération à réaliser. Il apparaît utile de donner aux modules un surcroît d’efficacité en introduisant, au sein de la demi-classe, au moins deux activités différentes adaptées à deux sous-groupes (un exercice plus long et moins guidé pour ceux qui en ont compris le principe, et un plus court et plus guidé pour ceux qui ne le maîtrisent pas encore).
D’autre part, la réflexion sur l’intérêt et les limites du cours magistral dialogué a conduit certains enseignants à mettre en place, dans le cycle terminal, une alternance cours/travaux dirigés. Par exemple, après une leçon destinée à mettre en place les principaux éléments de contenu (structurés par les notions ou concepts exprimés dans le programme), les élèves ont à étudier un dossier documentaire nécessitant l’emploi de ces notions ou concepts. Un tel exercice, qui peut être préparé à la maison, constitue en même temps, pour l’enseignant, une intéressante évaluation de la compréhension de la leçon et lui permet de remédier aux difficultés rencontrées par certains.
Une telle pratique ne doit pas être considérée comme contradictoire avec l’étude de cas (où l’on passe, à l’inverse, de l’objet unique à la généralisation), mais comme complémentaire (le déductif et l’inductif ont toute leur place dans nos enseignements).

C . Donner plus d’équité et d’importance à l’exercice oral

Dans le cadre scolaire d’aujourd’hui, aucun élève n’échappe à l’exercice écrit, mais certains échappent de fait à l’exercice oral quand ce dernier est offert simplement à celles et à ceux qui « participent ». Les différences de fait qui parfois s’installent peuvent devenir inéquitables et désavantagent plus souvent les filles que les garçons.
A côté des échanges oraux fondés sur la spontanéité, il apparaît donc essentiel de mettre en place de véritables exercices oraux, garantissant en fin de trimestre qu’un égal temps de parole a été accordé à chacun. Cela peut prendre plusieurs formes, en relation parfois avec une préparation écrite, et ne saurait s’identifier à l’expression d’un seul mot ou d’une seule date. Réduire l’écart entre les exigences de qualité de l’écrit et celles de l’oral constitue en effet un objectif important. Ceci doit permettre, entre autres, de mieux préparer à long terme nos élèves à affronter des épreuves orales (au baccalauréat, par exemple) au cours desquelles ils manifestent aujourd’hui une véritable gêne qui ne s’explique pas exclusivement par leur niveau de connaissances.

D Assurer la continuité du travail de l’élève dans et en dehors de la classe

Si la question du travail des élèves apparaît de plus en plus aiguë, elle ne fait pas l’objet d’un encadrement institutionnel fort (voir le dernier rapport du Haut Comité pour l’évaluation de l’école). Cela aboutit parfois à de véritables interrogations sur la légitimité du travail à la maison. Et pourtant, les analyses précédemment réalisées dans l’académie (voir le document sur le site académique concernant la réussite au DNB) ont bien démontré le caractère décisif du travail ( y compris écrit) en dehors de la classe.
A condition que les équipes pédagogiques fassent l’état du volume total exigé et le régulent, il apparaît essentiel que le travail en classe soit suivi, mais aussi précédé, d’un travail en dehors de la classe. C’est un moyen de contrer le consumérisme scolaire et d’accroître le rendement de l’heure de cours. Demander, par exemple, à des élèves de lycée de relever, en cours, de simples informations sur un document empêche de consacrer suffisamment de temps à l’essentiel : la réflexion sur le sens de ces informations, leur mise en relation et leur hiérarchisation. Tout change si ces informations ont fait l’objet d’un relevé à la maison. Cela permet d’ailleurs de donner matière à un véritable exercice oral. De courtes préparations peuvent aussi être données au collège, sous forme d’exercices ou de brèves recherches, parfois en relation avec le CDI.
En ce qui concerne la mémorisation des connaissances, nombre d’enseignants redécouvrent l’intérêt des courtes interrogations orales en début d’heure ou des brèves interrogations écrites (évidemment annoncées à l’avance) portant sur les éléments structurants des séquences.
Il apparaît clairement qu’un élève qui se contente de retravailler le contenu d’une séquence la veille du devoir se constitue au mieux une mémoire à court terme, en pleine contradiction avec la finalité culturelle de nos enseignements.
Ces évaluations intermédiaires méritent donc d’être développées, surtout lors d’une période de transition sensible comme celle que représente le premier trimestre de seconde. Elles ne doivent pas être mises en œuvre comme un « pensum » supplémentaire, mais comme une première voie de réussite pour les élèves qui espèrent que leur travail soit reconnu, ce qui n’est pas toujours le cas lorsqu’ils ne rencontrent que des évaluations « lourdes » dont les exigences méthodologiques rendent nécessaire mais insuffisante la seule mémorisation de connaissances.

 

E Garantir la cohérence et la continuité des apprentissages à l'échelle de l'établissement.

Un tel axe de travail, dont l'intérêt est partagé par tous, s'avère assez complexe à mettre en œuvre. Il est souvent évoqué, mais partiellement mis en place, et de manière très souvent informelle. Il donne rarement lieu à la rédaction d'un document, aussi court soit-il. Pourtant, certains exemples en ont déjà été rendus publics. Ainsi, l'étude réalisée sur les pratiques porteuses de réussite à l'écrit du DNB (voir le site académique, dossier liaison troisième-seconde, texte sur l'amélioration des résultats au DNB), a permis de mettre en évidence, dans un collège de ZEP, toute la cohérence pédagogique patiemment élaborée.

Principaux éléments faisant l'objet d'actions communes dans cet établissement :

•  le travail écrit des élèves (apprentissage de la rédaction de synthèses)

•  la mémorisation (organisation, par exemple, de programmes de révision réguliers)

•  organisation de devoirs communs (choix de sujets et de critères d'évaluation)

•  préparation continue du DNB (mise en place de soutien et même de tutorat)

Ce relevé illustre l'effort collectif entrepris, effort récompensé par les résultats obtenus au DNB. En fait, tout enseignant recherche, dans son action individuelle, la continuité des apprentissages, mais chacun sait que, sans la moindre harmonisation collective, cette continuité ne peut pas être garantie au sein d'un établissement. Une telle harmonisation ne contredit pas le principe de liberté pédagogique, mais, au contraire, permet de valoriser collectivement tout l'apport de chacun.

Quatre questions se posent pour établir cette cohérence souhaitable :

- la garantie de la continuité des programmes

- le suivi d'une progression

- la mise en cohérence des évaluations (harmonisation des exigences, développement des devoirs communs, par exemple)

- la cohérence des projets culturels (visites d'études, projets en liaison avec d'autres disciplines…)

Cette utile réflexion, qui tend à se développer dans un certain nombre de collèges ou de lycées, peut s'inscrire expressément dans le projet d'établissement qui, par nature et par destination, vise à l'amélioration des résultats des élèves dans toutes les disciplines. Une telle mise en cohérence, clairement formalisée, constitue bien évidemment une excellente base de discussion lors des rencontres entre les IPR et les équipes d'établissement.

M-C Ruiz & J.Desquesnes IPR



introduction
Partie 1