ETHIOPIQUES de L. S. SENGHOR

Lecture cursive de CONGO

 

C’est un chant, une ode (guimm), pour harpes (kôras) et xylophone (balafong), les instruments qui accompagnent l’épopée.

 

L’ouverture (versets 1et 2) est une apostrophe sonore au Congo (assonances multiples en o et õ), début d’une longue invocation au fleuve-mère .

Puis le Congo est personnifié sous les traits d’une femme féconde (verset 3 : " couchée dans ton lit de forêts ") qui engendre la nature (versets 6, 7), tout en étant objet de désir (ver. 4, 5, 9,).

Les apostrophes répétées (ver. 6, 8, 9, 10, 11, 12 ) transforment le chant en une prière qui se marque par l’injonction répétée trois fois : " Délivre-moi " (v.12, 16, 24 ). Insensiblement l’invocation au fleuve-mère se transforme en un chant d’amour sensuel à l’adresse de l’amante (v. 19, 25 ), chant auquel se mêlent les souvenirs de l’enfance (v. 20 ) et de la France (v.21).

Dans les derniers versets, le chant d’amour n’est plus que l’expression du rythme (v.26, 27) : répétition obsédante de l’impératif " rythmez " (v.29, 32, 33), énumération des instruments, jeu des allitérations (v.31, 33). La mort elle-même (v.34) semble emportée dans le mouvement frénétique, alors que la pirogue s’enfonce dans les " Grandes Eaux " (v.33, 34).

" Mais la pirogue renaîtra... " : le terme d’opposition laisse entrevoir une renaissance, le début d’une ère nouvelle (" au matin transparent du monde ") et l’accès à un état de bonheur paisible (" la douceur des bambous "). Cette renaissance obtenue au-delà de la mort pourrait être celle de l’Afrique libérée dont, finalement, le Congo incarne l’identité et la puissance potentielle.

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