1749-1827
Le temps de Pierre-Simon de Laplace

 le siècle des Lumières
la chute de la royauté
le temps de la Révolution
le Premier Empire
la Restauration


Les hasards de l'histoire font vivre Pierre-Simon de Laplace dans des temps de grands bouleversements.

Né sous le règne de Louis XV, il voit la Révolution renverser l'Ancien régime et établir un nouvel ordre social et politique. Le citoyen de la République remplace le sujet du Roi. Laplace suit et assiste à l'aventure napoléonienne, avant que la royauté ne soit rétablie. Mais plus que les évènements, ce sont les mentalités, les courants culturels qui changent et se bousculent, créant un climat de foisonnement intellectuel. Les scientifiques connaissent alors un sort particulier : on parle du "temps des savants".

Le siècle des Lumières.

La Guerre de Succession d'Autriche s'achève en octobre 1748 par le Traité d'Aix-La Chapelle. Une ère de prospérité et de calme s'ouvre alors pour la France. Elle s'accompagne d'un rayonnement intellectuel : l'apogée du siècle des Lumières. En 1749, Buffon fait paraître son Histoire naturelle. Dans les années suivantes Rousseau publie le Discours sur les Sciences et les Arts, et le Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes. En 1751 commence la parution de l'Encyclopédie de Diderot.

La philosophie est alors un mouvement très divers mais qui dans son ensemble est un mouvement rationaliste, positif et utilitaire. Il concerne toutes les classes de la société. La curiosité se tourne principalement vers les sciences, particulièrement pour la physique et les sciences de la nature. On assiste alors à la multiplication des cabinets de curiosités (collections d'animaux, de plantes), à la multiplication des jardins. Des cours publics répandent le goût de la science. Les grands ouvrages scientifiques font l'objet de tirages de vulgarisation et d'abrégés.

Les arts connaissent aussi un essor remarquable, encouragés par l'enrichissement de la bourgeoisie et le luxe des classes dirigeantes. L'urbanisme se développe avec la croissance des villes. Les quais, les ponts et les édifices publics surgissent dans les grandes villes (Paris, Bordeaux, Toulouse, Nancy, Montpellier, Dijon, Caen ... ). A Paris, la place Louis XV est la plus grande du monde (place de la Concorde). Dans les appartements privés, décoration et mobilier font assaut de commodités et de raffinement.

La peinture s'exprime sur des thèmes variés avec des peintres de nature comme Joseph Vernet ou Hubert Robert ; d'autres font le portrait des Français de leur temps comme Fragonard ou Boucher, La Tour ou Greuze.

La langue française domine alors l'Europe : les traités de paix (entre russes et turcs en 1774) sont rédigés en français. Les princes de toute l'Europe écrivent en français et échangent des courriers avec leurs proches dans cette langue, comme certains auteurs étrangers pour rédiger leurs œuvres, tels Grimm (Allemand), Hamilton (Anglais), Galiani (Italien). La France est imitée dans toutes les cours d'Europe et l'influence se fait sentir tant dans l'architecture que dans les arts.

La chute de la royauté.

Cependant le climat politique et social se détériore au cours du règne de Louis XV. La question des impôts et le coût des guerres fragilisent l'économie. Des protestations s'élèvent de la bourgeoisie et des Parlements qui veulent établir plus de contrôle sur le pouvoir royal. Les armées françaises subissent des échecs (Guerre de sept ans) et la couronne perd les colonies des Indes et du Canada. La crise révolutionnaire s'annonce à partir de 1763 par le succès des Parlements qui imposent au roi l'expulsion des Jésuites (1764). Les tentatives de l'autorité royale sont insuffisantes pour endiguer le mécontentement et trouver des solutions à la crise politique.

Louis XVI, prince faible, s'entoure cependant de ministres décidés à faire des réformes (dont Turgot), mais qui sont impuissants devant le déficit du trésor et la montée du prix des farines lors de mauvaises récoltes. Les revers de politique étrangère alourdissent la situation, le roi se voit contraint de convoquer les États généraux.

Le temps de la Révolution.

La récolte de blé de 1788 est mauvaise ; la misère s'accroît avec l'augmentation du prix du blé. Les troubles éclatent dans les campagnes opposant paysans et noblesse pour des droits et des redevances.

Les élections se déroulent dans un climat difficile. Le processus révolutionnaire s'enclenche dès la réunion des États Généraux où le Tiers état (580 députés) s'opposent aux privilégies (560 représentants). Les députés du Tiers se proclament Assemblée nationale et demandent une réforme politique. Le peuple intervient alors pour soutenir les députés : le 14 juillet symbolise la chute de la royauté.

Les grandes réformes de la Révolution s'échelonnent avec les Assemblées : la constituante, la Législative et la Convention. L'abolition des privilèges, la déclaration des droits de l'homme, la liberté des cultes, le droit de vote, la vente des biens du clergé, l'établissement d'une république qui repose sur la séparation des pouvoirs comptent dans l'œuvre de la Révolution.

Cette période de troubles influe sur la vie culturelle qui se trouve ralentie : les commandes diminuent et la place de l'artiste est remise en cause, alors même que la loi Le Chapelier libère le jeune artiste d'un long apprentissage en atelier. Peut-être est-ce aussi pour cela que le savant connaît une place exceptionnelle. La République a besoin d'idées, et les idées scientifiques n'ont besoin que de s'exprimer. Après 1793, les savants prennent une place prépondérante dans la vie intellectuelle. L'enseignement des futures élites leur est confié. La Révolution entreprend une œuvre de rationalisation et d'universalité qui puise ses bases dans les œuvres scientifiques : calendrier, mesures, cartographie...

La philosophie des Lumières fait place progressivement au mouvement romantique dont Chateaubriand est le premier représentant, bien que Rousseau soit à l'origine du retour vers la nature. Les Beaux-Arts puisent de nouveaux thèmes dans l'ardeur révolutionnaire ou guerrière : David, Géricault, Gros, sont les peintres des batailles et des allégories patriotiques.

Le Premier Empire.

L'ascension de Napoléon Bonaparte s'affirme à partir du coup d'état du 18 Brumaire. Le Directoire, le Consulat (1803) sont les prémices de l'Empire qui s'installe aprÈs plébiscite (2 décembre 1804) dans une France conquérante et qui porte, hors de ses frontières, les principes républicains.

L'œuvre napoléonienne s'élabore : Code civil, Concordat (1802), retour des émigrés, stabilité de la monnaie, remise en marche des administrations. L'état centralisé se manifeste par l'installation des préfets (1800) dans tous les départements. Le régime apparaît comme une période de pacification (Paix d'Amiens 1802) et de reconstruction.

Cependant les guerres mettent en péril cet équilibre. Les puissances européennes, Angleterre, Autriche, Russie, Prusse ne veulent pas de l'hégémonie française et de la contagion républicaine et démocratique. Elles s'appuient sur les mécontentements des peuples conquis et administrés par la France (Allemagne, Pays-Bas, Espagne). Les campagnes se succèdent, couronnées de victoires jusqu'en 1812. La Grande Armée (1805) construit la légende napoléonienne en remportant les victoires d'Austerlitz, d'Iéna, d'Eylau, Wagram ou d'Essling.

Cependant le poids humain et financier de la guerre précipite la crise. Les grandes puissances s'allient contre la France et la campagne de Russie (1812) s'achève par un désastre dans les neiges de l'hiver russe. La campagne de France livre le pays aux Alliés (Angleterre, Autriche, Russie, Prusse) qui entrent dans Paris le 31 mars 1814. Le retour de Napoléon de son exil de l'île d'Elbe, les Cent Jours, font croire à un retour de l'Empire, mais la défaite de Waterloo 18 juin 1815, met un terme à l'aventure napoléonienne.

Le mécénat impérial caractérise l'influence de l'état dans le domaine des Beaux-Arts. Le Louvre s'est enrichi des toiles pillées en Italie du Nord. Le néoclassicisme devient la doctrine officielle et se répand dans toute l'Europe. L'idéal antiquisant s'illustre avec les sculptures de Canova, mais Napoléon n'apprécie pas l'anachronisme des scènes antiques et préfère la célébration de ses propres triomphes proposant comme sujet le 3 mars 1806 : "L'Empereur haranguant le 2éme corps d'armée sur le pont du Lech à Augsbourg". L'œuvre devait faire 3,3 mètres sur 4 ou 5 mètres de large, pour une somme de 12 000 francs.

Il s'établit ainsi un style officiel, qui se manifeste dans les constructions. Les villes connaissent à nouveau des chantiers (Arc de Triomphe de l'Étoile), la construction de bâtiments officiels (la Bourse), de monuments (colonne Vendôme), l'élargissement des rues et l'aménagement de places selon un style néoclassique plein de grandeur. Le peintre David est le maître des grandes fresques officielles (Sacre de Napoléon), Gros le peintre de l'épopée militaire : scènes de batailles, portraits des maréchaux. Le mécénat est favorable aux artistes qui bénéficient de commandes officielles nombreuses. La littérature, le théâtre sont eux sous surveillance : la liberté d'expression est réduite, faisant de Madame de Staël une exilée. L'essor des sciences et des techniques se poursuit, Napoléon encourage les savants et les industriels par des rentes et des honneurs qui leur donnent une place de choix.

La Restauration.

Le retour de la monarchie, la Restauration, est définitif après l'exil de Napoléon à Sainte-Hélène. Ce retour mettait en péril l'œuvre de la Révolution et les efforts de l'Empire pour unifier les deux Frances hostiles : celle de l'Ancien régime et celle de la Révolution. Louis XVIII accorde aux Français une Charte pour les gouverner, dans laquelle les acquis principaux de la Révolution (liberté de conscience, garantie des propriétés, découpages administratifs ... ) sont préservés.

L'occupation de la France par les troupes alliées cesse en 1818 grâce à l'action du Président du conseil le Duc de Richelieu. A partir de 1820, des conspirations et des tentatives d'émeutes menacent la monarchie. Le couronnement de Charles X en 1824 renforce le poids des ultras et des conservateurs : l'opposition, par le biais des élections ou dans la presse, critique ouvertement le régime monarchique et demande des réformes. Ils sont les héritiers des "Immortels principes de 1789", ils mettent en premier plan les libertés individuelles, la liberté d'opinion, l'égalité civile devant la loi et devant l'impôt, la reconnaissances des mérites et des capacités contre les privilèges de la naissance et le droit de propriété. Cependant la reprise économique, le succès militaire de la guerre d'Espagne (1822) et le redressement colonial annoncent une période d'expansion économique.

Avec la Restauration, la France entre dans le Romantisme, cette crise de sensibilité imprègne la littérature et les arts après 1815 ; le renouveau littéraire se manifeste par les romans et les poèmes de Vigny, Lamartine, Victor Hugo, Balzac ou Stendhal. La peinture, délivrée des commandes impériales, trouve une autre expression avec des artistes comme Delacroix, Ingres ou Boilly. L'exaltation des sentiments, de la nature et les scènes des genre (orientalisme) voisinent avec le goût pour les portraits. Le romantisme apparaît comme une violente réaction à l'égard des prétentions classiques précédentes. L'artiste romantique prône le libre recours à l'imagination.

Ainsi, Delacroix écrit dans son journal : "L'artiste résume, il rend claires pour le commun des hommes qui ne voit et ne sent que vaguement en présence de la nature, les sensations que les choses éveillent en nous".

Les grands travaux commencés sous l'Empire sont poursuivis, sans que leur style en soit modifié. Les recherches scientifiques, que les besoins militaires avaient souvent accélérées, s'appliquent progressivement aux techniques industrielles : les travaux de Fresnel aboutissent à une révolution dans la navigation avec l'apparition des phares modernes. Les industriels bénéficient des travaux des savants dans l'utilisation de la chimie (blanchiment des toiles), de la mécanique (métier à tisser), de l'énergie (chaudière tubulaire), des communications (premier pont suspendu par Seguin). La France romantique entre dans la révolution industrielle.

Françoise Dutour
Septembre 1999

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