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Né en Normandie à Beaumont-en-Auge en 1749, Laplace est l'un des savants encyclopédistes dont la pensée a participé au façonnement de la modernité de XIXe siècle : son énoncé du déterminisme en 1814 en marque l'un de ces moments forts.
Dans le petit nombre de choses que l'on pouvait savoir de son temps, Laplace a rangé l'organisation du système planétaire autour du Soleil, et aussi bien, les mouvements des satellites autour des planètes, la Lune ou les satellites de Jupiter. Disparu en 1827, soit un siècle après Newton, en suivant les seules hypothèses et méthodes de ce dernier, Laplace a voulu rendre compte de ce système. En 1799, il donnait à son œuvre majeure le nom de "Mécanique céleste".
L' œuvre accomplie ne faisait pas oublier l' œuvre à accomplir ! Laplace estimait qu'il fallait au moins adapter les méthodes mathématiques de la mécanique céleste, ce qui lui permettait de démontrer la stabilité du système solaire. Il souhaitait atteindre des phénomènes de la physique terrestre comme la capillarité, les affinités chimiques, l'électricité, la chaleur, l'optique.
C'est une mentalité scientifique conquérante qu'illustre Laplace : l'extraordinaire puissance du penseur ne s'embarrasse pas d'élégance. Il ne cherche pas à privilégier les mathématiques qui lui servent d'outil. Comme Kant, son contemporain, la métaphysique lui paraît devoir être bouleversée dans sa recherche même. Laplace n'en écrit pas moins une langue claire : son Système du monde en 1796 est sans aucun doute le chef d'œuvre de la littérature de vulgarisation scientifique. Cette œuvre peut se lire encore aujourd'hui avec plaisir et intérêt, jusque dans sa précautionneuse hypothèse cosmogonique sur la formation du système solaire.
Dans une volonté de représentation de la science, utile à la seule connaissance, ses disciples voulurent faire oublier que Laplace avait participé à la vie politique. Il fut quelques semaines ministre de l'Intérieur de Bonaparte, au lendemain du coup d'état de Brumaire, devint archichancelier du Sénat conservateur jusqu'à l'abdication de Napoléon qu'il contresigna, et Louis XVIII se félicita qu'il accepte de devenir marquis et pair de France. C'est peut-être une tradition de la France scientifique que Laplace inaugura : un accompagnement du pouvoir afin de servir les intérêts d'une connaissance jugés indispensables pour la Nation, et peut-être plus pour la civilisation qu'elle incarne.
Si Laplace est un monument de la pensée française, il est trop peu visité. Car sa vie et son œuvre même soulèvent des questions qui contraignent à la critique, jusqu'à celle de notre propre modernité. |