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J.A.C.S. N°3 |
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Article 1 : ET FIAT LUX ! |
| La lumière
: onde ou corpuscule ? |

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Les chiffres entre parenthèses renvoient à la
bibliographie succincte précisée à la fin.
Quelques données préalables :
* le terme onde évoque la vague ou la houle marine. Si la lumière est une onde, il faut
trouver la nature de la grandeur qui se propage, analogue au niveau de la mer.
* corpuscules, particules : petites boules (de feu ?) dont serait constituée la lumière.
La physique moderne les nomme photons (évidemment bien différents des projectiles des
Grecs). A cette idée de corpuscule sont associées les notions de quantification ou de
discontinuité du rayonnement.
* réfraction : ce qui advient de la lumière lors du passage de celle-ci de lair
dans leau ou dans le verre. Le rayon lumineux nest plus rectiligne mais est
« cassé » lors de ce passage.
* interférences : propriété quont les faisceaux lumineux, dans certaines
conditions (à vrai dire, assez strictes), de sadditionner algébriquement,
cest-à-dire éventuellement de se retrancher, ce quon a pu traduire par
« lumière + lumière = obscurité ». En réalité, pour simplifier, on peut
dire quil faut deux faisceaux microscopiquement identiques (le terme savant est : cohérents)
pour que cela soit observé. Les lumières émises par deux ampoules ne se détruisent pas
lune lautre.
* diffraction : quand on plisse les yeux, la nuit, en regardant par exemple un réverbère
un peu éloigné, la lumière semble « éclater » entre les paupières. Le
même phénomène apparaît sur les photos prises de nuit. La diffraction est également
responsable des figures inattendues obtenues la nuit quand la lumière émise par des
phares de voiture atteint des rideaux de tulle ainsi que des couleurs observées quand on
manipule un disque laser.
I / De quoi est faite la lumière ?
Lhomme se lest longtemps demandé et a, sans se
décourager, échafaudé des théories successives, si bien que, du point de vue de
lhistoire des sciences, ce sujet est passionnant et presquexemplaire. En gros,
deux conceptions se sont longtemps opposé : la théorie corpusculaire et la
théorie ondulatoire. Trancher fut longtemps difficile parce que certains faits
faisaient pencher dun côté tandis que dautres étaient beaucoup plus faciles
à interpréter de lautre. Deux courtes citations de Richard FEYNMAN résument bien
la situation (1):
"Aujourd'hui, nous savons que la lumière est faite de
particules parce que nous possédons des instruments extrêmement sensibles qui font
"clic" chaque fois qu'ils reçoivent de la lumière, et ce même si l'intensité
de la lumière est abaissée considérablement: les "clics" sont les mêmes,
seul leur nombre diminue."
"[...] une période où l'intelligence des physiciens
fut mise à rude épreuve : la lumière, disait-on, doit être considérée soit comme une
onde, soit comme un ensemble de particules... selon les situations expérimentales. C'est
ce qu'on a appelé la "dualité onde-corpuscule". [...] à cette
époque la lumière était une onde les lundis, mercredis et vendredis, et un ensemble de
particules les mardis, jeudis et samedis. Restait le dimanche pour réfléchir à la
question. Mon intention ici est précisément de vous montrer comment ce mystère a
finalement été élucidé."
Comme précisément Richard FEYNMAN fait partie du trio considéré
comme responsable de la résolution de cette énigme, son ouvrage est très recommandé.
Evidemment, la lumière étudiée est, au début, uniquement celle envoyée par le Soleil
ou celle émise lors de combustions. Lexistence du rayon lumineux qui évoque la
trajectoire dun projectile et la réflexion sur un miroir, essentiellement, au
départ, un morceau de métal poli, qui évoque bien entendu le rebond dune balle
sur un mur, font que la théorie corpusculaire est née assez tôt.
Pourtant, curieusement, quand on regarde 25 siècles en arrière, cette conception, que
lon peut qualifier de newtonienne, du nom de son plus illustre défenseur, na
pas été en vogue le plus longtemps et la croyance en la nature ondulatoire de la
lumière l'a souvent emporté. C'est un peu surprenant parce que, expérimentalement, le
fait n'est pas très évident (car les phénomènes de diffraction et
dinterférences, qui peuvent être considérés comme des preuves, sont
dinterprétation délicate). Mais, pendant longtemps, ce sont les mêmes physiciens
qui étudient la lumière et le son. Par ailleurs, la foudre qui associe l'éclair et le
tonnerre frappe (aussi) les esprits. Dans une certaine mesure, l'optique va bénéficier
des progrès de l'acoustique parce que le caractère ondulatoire du son est plus
accessible; mais la propagation de celui-ci nécessite la présence de matière, ce qui va
mettre les physiciens sur la fausse piste de l'éther, milieu matériel mystérieux
que lon a cru longtemps nécessaire à la propagation de la lumière mais qui
nexiste pas.
II/ LAntiquité : les particules de lumière vont-elles de
loeil à lobjet ou de lobjet à loeil ?
On sait faire du bruit et de la musique ; on maîtrise moins bien la
production de lumière. Dans ces conditions, "alors que le son fut d'abord
considéré du point de vue de sa production, on envisagea la description physique de la
lumière sous l'angle de sa propagation" (5).
Très tôt, la lumière est donc assimilée à un mouvement de projectiles, qu'ils soient
émis par les corps lumineux pour DEMOCRITE (-460, -370), ou qu'ils soient émis par
l'oeil pour EUCLIDE (3ème siècle av. J.C.). Chez PLATON (-428, -348), on trouve même
une curieuse situation intermédiaire, rencontre de 2 particules, l'une émise par l'oeil,
l'autre par l'objet observé.
Le milieu dans lequel se propage la lumière occupe beaucoup les esprits au point que la
propagation elle-même passe parfois au second plan. Pour LUCRECE (-98, -55), par exemple,
il est question d'éléments qui s'entrechoquent ou se poussent les uns les autres. Il est
assez difficile de savoir ce qu'est exactement le vide ou l'air pour ARISTOTE (-384, -322)
; pour lui, comme pour beaucoup d'autres savants, l'impossibilité qu'a la lumière de se
propager dans le vide est généralement admise.
Il semble qu'ensuite l'expérience fasse surtout des progrès avec SENEQUE, GALIEN (129,
199) qui étudie l'oeil et PTOLEMEE (90, 168) qui établit pratiquement les lois de la
réfraction.
III/ Entre PTOLEMEE et GALILEE : la physique reste
surtout spéculative.
On se préoccupe dailleurs assez peu de mettre à lépreuve
de lexpérience les théories échafaudées avec plus ou moins de bonheur.
Les progrès techniques précèdent la connaissance scientifique ; ils viennent
essentiellement d'Egypte où le grand savant arabe IBN AL-HAYTHAM dit ALHAZEN (965, 1039)
surnommé le second Ptolémée, étudie beaucoup l'oeil et la réfraction et établit une
véritable théorie corpusculaire de la lumière. Pour lui, la lumière est bien émise
par le corps lumineux, indépendamment de l'observateur (5). L'optique instrumentale fait
aussi de gros progrès en Egypte puisqu'on fabrique dès le XIème siècle les premiers
lorgnons pour presbytes, rendant aux vieillards la jeunesse de leur vue (4).
Il semble que l'idée de la nature ondulatoire de la lumière soit clairement affirmée
pour la première fois par les franciscains anglais Robert GROSSETESTE (1170, 1253),
mélomane connu pour être un adepte de la méthode expérimentale en sciences, et Roger
BACON (1214, 1294) qui étudie beaucoup la réflexion, notamment sur les miroirs
sphériques. Ce dernier dont les écrits sont considérés comme subversifs, meurt en
prison.
Bien que PTOLEMEE soit allé plus loin dans l'étude de la réfraction, KEPLER (1571,
1630) est connu pour les lois qu'il établit. Il a le mérite de poser clairement le
principe de la propagation (qu'il suppose avec une vitesse infinie) de la lumière de la
source vers l'objet. Il accorde une grande importance au rayon lumineux si bien qu'on peut
le supposer plutôt convaincu de la nature corpusculaire de la lumière. Mais lorsqu'il
étudie la formation d'une image à l'aide d'une lentille, il envisage plutôt le
problème de façon ondulatoire et on est alors proche de l'onde sphérique (5).
IV/ De GALILEE inclus à NEWTON exclus.
La physique, au sens moderne du terme, naît avec GALILEE (7).
Effectivement, les premières expériences donnant des résultats quantitatifs datent du
début du XVIIème siècle et jusqu'à HUYGENS, les théories portant sur la nature de la
lumière sont plutôt spéculatives.
GALILEE (1564, 1642) décrit des méthodes de mesure de la vitesse de la lumière. Sa
tentative de mesure échoue mais le fait qu'elle ait eu lieu donne à penser que son
auteur ne croyait pas trop en l'existence d'une vitesse infinie. La nature même de la
lumière ne semble pas trop préoccuper GALILEE.
DESCARTES (1596, 1650) fait connaître les lois de la réfraction établies par SNELL
(1591, 1626). Mais ses théories de la lumière sont confuses et pleines de
contradictions. Il semble que la notoriété de l'écrivain philosophe leur ait donné une
importance excessive. Pour lui, en effet, la lumière résulte de frottements entre
tourbillons qui font naître de la lumière qui se propage avec une vitesse infinie. Mais
la réflexion est envisagée comme le rebond d'un projectile et la réfraction comme la
traversée par ces projectiles d'une toile tendue qui les accélère si le deuxième
milieu est plus réfringent. Le XVIIème siècle aura beaucoup de mal à se débarrasser
des tourbillons de DESCARTES; ce sera l'objet d'un des premiers écrits de NEWTON.
FERMAT (1601, 1665) retrouve les lois de la réfraction à l'aide du principe de moindre
temps. Mais FERMAT est magistrat à Toulouse ; sa position ainsi que la difficulté qu'ont
éprouvé ses contemporains à lier son principe aux autres théories font que FERMAT aura
moins dinfluence qu'en mathématiques.
GRIMALDI (1618, 1663), qui étudie la diffraction, et MALEBRANCHE (1638, 1715) , disciples
respectifs de GALILEE et DESCARTES croient en la nature ondulatoire de la lumière. C'est
surtout net chez le premier qui essaie d'interpréter les franges de diffraction ainsi que
la décomposition de la lumière blanche (5).
V/ HUYGENS et NEWTON.
Christian HUYGENS (1629, 1695) qui connaît personnellement DESCARTES a
le mérite de s'affranchir rapidement des théories cartésiennes. Il pense que l'univers
est rempli de particules dont les mouvements oscillatoires se transmettent de proche en
proche. L'ensemble des particules qui vibrent en même temps constitue une ondelette ;
l'enveloppe des ondelettes forme l'onde lumineuse. Cette onde est longitudinale. Une telle
théorie est visiblement inspirée par les rides qui se forment à la surface de l'eau.
Elle permet à son auteur d'expliquer les phénomènes de réflexion, de réfraction et
même de double réfraction de la lumière (division dun faisceau incident en deux
faisceaux distincts) par la calcite découverte par BARTHOLLIN (1625, 1698).
HUYGENS n'a pas une idée très claire des phénomènes dinterférences et plus
généralement des relations de phase. Cela rend sa théorie parfois obscure. Mais
l'intuition du savant hollandais est rarement prise en défaut. Il a une bonne idée du
principe dit d'HUYGENS-FRESNEL qui ne sera démontré que beaucoup plus tard par KIRCHHOFF
et qui permet une étude quantitative du phénomène de diffraction. Curieusement, HUYGENS
envisage également l'existence de particules et les rapports qu'il cherche entre
celles-ci et les ondes ont des résonances étrangement brogliennes (voir plus loin).
La théorie de HUYGENS est impressionnante par la variété des phénomènes
interprétés. Elle sera pourtant balayée par NEWTON (1642, 1727). Mais celui-ci ne
parviendra jamais à établir une théorie de la lumière qui soit satisfaisante pour lui
comme pour ses contemporains, même si la notoriété de l'auteur de la théorie de la
gravitation et le caractère du personnage vont faire que les objections seront rapidement
écartées. Les travaux de NEWTON en optique sont importants et la date de publication de
ses deux traités (1672 pour la Théorie des couleurs, 1709 pour l'Optique)
montre que leur auteur a toujours été préoccupé par le sujet.
Sur le plan expérimental, NEWTON réalise le premier télescope et étudie la
décomposition de la lumière par un prisme. Il étudie aussi la lumière émises par les
fours et ce qu'on appelle maintenant le corps noir est un des sujets qui le préoccupent.
En gros, il pense que la lumière est constituée de corpuscules qui se propagent plus
vite dans un milieu transparent que dans le vide. L'hypothèse de la nature ondulatoire
lui paraît fantaisiste. Pourtant les expériences qu'il réalise (anneaux
d'interférences) ou la façon dont il les envisage (réflexions multiples sur des vitres)
plaident plutôt en faveur de la seconde (1). En outre, NEWTON est l'auteur d'une théorie
ondulatoire du son. Il semble en mesure de faire le choix ondulatoire (ses écrits
indiquent clairement tous les doutes qu'il a eus et toutes les questions qu'il s'est
posées). Mais il préfère compliquer sa théorie corpusculaire - par exemple, il
envisage des actions instantanées à distance entre surfaces réfléchissantes (1) - et
essaie en vain d'interpréter des phénomènes de nature ondulatoire avec des corpuscules
lumineux.
Les contemporains de NEWTON seront dans l'ensemble faciles à convaincre. Toutefois, avec
une relative clairvoyance (car il faut tenir compte des rapports entre les individus),
HOOKE ne sera jamais un adepte de la théorie newtonienne. Il en sera de même de Leonard
EULER.
Rappelons enfin que la première estimation de la vitesse de la lumière (ou
létablissement de la preuve que cette vitesse nest pas infinie) est
réalisée en 1675 par Olaf ROMER (1644, 1710) qui utilise l'observation des satellites de
Jupiter découverts par GALILEE. Une deuxième mesure est faite en 1728 par James BRADLEY
(1693, 1762).
VI/ Le succès de la théorie ondulatoire.
La théorie de NEWTON va résister un siècle. Puis la théorie
ondulatoire va revenir.
D'une part, les mathématiciens (EULER, CLAIRVAUX, D'ALEMBERT, BERNOUILLI, HAMILTON,
LAGRANGE et FOURIER) vont fournir aux physiciens les outils qui manquaient à HUYGENS pour
que celui-ci soit totalement convaincant. Dautre part, les expériences de
diffraction et dinterférences vont livrer leurs premiers secrets.
Le médecin anglais Thomas YOUNG (1773, 1829) est un esprit universel puisqu'il est
capable d'écrire dans l'encyclopédie Britannica des articles sur la vision,
l'arc-en-ciel, le mouvement des fluides et les marées, la capillarité, la pesanteur,
l'architecture navale, la médecine, la rosée, les hiéroglyphes (il découvre que
certains mots de la pierre de Rosette sont écrits de manière phonétique et prépare les
travaux de CHAMPOLLION). En optique, YOUNG réalise une série d'expériences dont celle,
célèbre, qui porte son nom. Le fait que les deux rayons lumineux réfractés par un
cristal de calcite ne donnent pas d'interférences lui fait supposer que la lumière est
une vibration transversale. FRESNEL aura plus tard et indépendamment la même idée.
YOUNG se disperse quand même quelque peu.
FRESNEL (1788, 1827) -on peut rappeler quil vécut à Mathieu dans le Calvados- est,
lui, l'auteur d'une théorie complète de la lumière. Très jeune, il se plaît à dire,
avec irrespect pour le grand homme, que "Newton radote" (5) et il est un
des premiers physiciens qui se spécialisent réellement en ne s'intéressant qu'à un
seul domaine. La théorie du vecteur lumineux est impressionnante. FRESNEL a des idées
somme toute assez justes sur la cohérence mais il bute sur l'éther.
On peut considérer FOUCAULT (1819, 1868), FIZEAU (1819, 1896), CORNU (1841, 1902) et
même MICHELSON (1852, 1931) comme ses disciples. LORENTZ est l'auteur d'une étude de
l'uvre de FRESNEL (2).
FRESNEL est accompagné dans ses travaux par MALUS (1775, 1812), par ailleurs auteur
dune éphémère théorie corpusculaire, ce qui surprend quelque peu si l'on songe
aux expériences et aux lois qui portent son nom.
FIZEAU et FOUCAULT effectuent des expériences de mesure de la vitesse de la lumière. Au
départ, les résultats ne sont guère meilleurs que ceux obtenus par ROMER et BRADLEY.
Mais l'intérêt de ces mesures est qu'elles vont permettre de mesurer la vitesse dans
différents milieux matériels (donc de vérifier qu'elle y est plus faible que dans le
vide), ce que ne permettait pas les méthodes antérieures qui faisaient appel à
l'astronomie.
Au milieu du XIXème siècle, la théorie ondulatoire de la lumière est solidement
installée. Les couleurs sont interprétées en termes de longueur donde. Le
problème de la couleur reste mal compris. Il est vrai quil est complexe. NEWTON,
GOETHE (1749, 1832), évidemment plus connu comme écrivain, mais aussi physicien et
botaniste, et CHEVREUL (1786, 1889), plus connu comme chimiste, ont notamment élaboré
une théorie des couleurs plus ou moins convaincante. Le sujet va ensuite intéresser
davantage les biologistes ; cest-à-dire que cest surtout le phénomène de
perception qui sera ensuite étudié.
Vers 1850, la nature de la lumière semble comprise. Les physiciens vont évidemment
chercher à en savoir plus, notamment sur les phénomènes démission et
dabsorption. La connaissance de ces derniers va permettre dexpliquer, au moins
en partie, la couleur des corps.
FRAUNHOFER (1787, 1826), est surtout un expérimentateur. Le progrès technique permet aux
physiciens de disposer de sources lumineuses réellement satisfaisantes: arc électrique
de DAVY, lampe électrique à incandescence de MOYLENS puis d'EDISON, tube à décharge de
GEISSLER (8). De nouveaux physiciens, les spectroscopistes, qui sintéressent de
près aux longueurs donde des radiations émises, apparaissent : les premiers sont
les Allemands BUNSEN (1811, 1899) et KIRCHHOFF (1825, 1887) et le Suisse BALMER (1825,
1898). Mais les travaux théoriques de KIRCHHOFF sont également importants puisqu'il
démontre le principe d'HUYGENS-FRESNEL.
On doit au génie de MAXWELL (1831, 1879) la compréhension fine des phénomènes
ondulatoires. Les célèbres équations, qui portent son nom, permettent didentifier
la grandeur qui se propage (un champ électrique et un champ magnétique
perpendiculaires). La lumière est considérée, définitivement et exclusivement,
croit-on alors, comme une onde électromagnétique transversale. C'est l'apogée de la
physique classique, nom quon donne en général à la physique des XVIII et XIX
èmes siècles.
VII/ La révolution quantique : et la lumière fut !
Elle commence en 1900 et curieusement puisque Max PLANCK (1858, 1947)
est un "conservateur profondément attaché à la physique classique".
Le sujet auquel il s'attaque ne concerne qu'indirectement loptique puisqu'il s'agit
de l'étude du rayonnement à l'intérieur d'un four. De nombreux physiciens: JEANS (1877,
1946), RAYLEIGH (1842, 1919), STEFAN (1835, 1893), KIRCHHOFF, WIEN (1864, 1928), ... se
sont attaqués à ce difficile problème que PLANCK espère résoudre avec ses élèves
(RUBENS et VON LAUE) en utilisant les outils que lui ont laissés les thermodynamiciens
CLAUSIUS et MAXWELL.
Il nest guère possible, ici, de donner une idée de la théorie de PLANCK. Celui-ci
commence par retrouver très péniblement un calcul effectué avec beaucoup plus
délégance par Lord RAYLEIGH quelques années auparavant mais va ensuite beaucoup
plus loin. Au départ, chez PLANCK comme chez RAYLEIGH, il est difficile de trouver un
corpuscule : il sagit plutôt de modes propres doscillations,
cest-à-dire, en quelque sorte, de quelque chose danalogue aux notes de
musique émises par un violon ou une clarinette. Rien que de très classique, donc. En
effet, le caractère arbitraire de certains calculs et un certain conservatisme font que
PLANCK met du temps à se persuader que "le quantum élémentaire d'action joue
dans la physique un rôle beaucoup plus important" qu'il ne le croit au début.
Pendant longtemps, il pense que "la structure discontinue du rayonnement
n'apparaît que lorsque ce rayonnement entre en réaction avec la matière" (9).
Contraint et forcé, PLANCK va finir par franchir son Rubicon et admettre la nature
corpusculaire de la lumière.
Il y est poussé par EINSTEIN (1879, 1955) qui montre en 1905 que les lois de l'effet
photoélectrique (arrachage des électrons dun métal par la lumière) établies par
Philip LENARD (1862, 1947), ne peuvent raisonnablement s'interpréter que si on introduit,
de façon beaucoup plus radicale que ne l'avait fait PLANCK, un corpuscule, le photon.
L'effet COMPTON, choc photon électron pratiquement libre, plus simple dans son principe,
est une confirmation particulièrement convaincante des idées d'EINSTEIN.
Les travaux d'EINSTEIN remettent donc la nature corpusculaire de la lumière à la mode.
Ils n'effacent pas pour autant toutes les expériences qui ne peuvent être correctement
interprétées qu'avec une hypothèse ondulatoire (interférences, diffraction notamment).
Le photon serait à la fois une onde et un corpuscule. On sait avec Louis DE BROGLIE que
toutes les particules présentent une telle dualité. On a pu proposer le mot quanton pour
désigner cette double entité.
Il n'en reste pas moins que pendant longtemps cette dualité est inconfortable pour le
physicien. Les expériences d'interférences, notamment, sont particulièrement rebelles
à une interprétation corpusculaire, même si on adopte un point de vue statistique, car
on sait maintenant faire arriver les photons un par un.
Entre 1945 et 1950, R. FEYNMAN, S.I. TOMONAGA et J. SCHWINGER développent la théorie de
l'électro-dynamique quantique qui permet une interprétation cohérente des phénomènes
ondulatoires et corpusculaires (1) : il faut lire Lumière et matière de Richard FEYNMAN;
on y trouve notamment la réponse à la question suivante:
" La lumière va en ligne droite parce que c'est le
chemin le plus court pour aller d'un point à un autre. Mais comment fait-elle pour
savoir que c'est le plus court chemin? A-t-elle essayé tous les autres? "
Bibliographie:
1 Richard FEYNMAN; Lumière et matière, une étrange
histoire; Interéditions 1987.
2 Emilio SEGRE; Les physiciens classiques et leurs découvertes: de la chute des corps aux
ondes hertziennes; Fayard 1987.
3 E. SEGRE; Les physiciens modernes et leurs découvertes: des rayons X aux quarks; Fayard
1984.
4 Jean-Pierre MAURY; Petite histoire de la physique; Références Larousse Histoire 1990.
5 Michel BIEZUNSKI; Histoire de la physique moderne; Editions la Découverte 1993.
6 Les cahiers de Science et Vie, les grandes controverses scientifiques n° 5: FRESNEL,
qu'est-ce que la lumière?
7 Certains auteurs sont davis quune telle présentation minimise
limportance de KEPLER devant celle de GALILEE. Pour une réhabilitation de KEPLER,
on pourra notamment consulter C. ALLEGRE; Dieu face à la Science, Fayard 1997.
8 Histoire de la physique; tome 1 sous la direction de J. ROSMORDUC, tome 2 avec J.P.
MATHIEU comme coordonnateur; petite collection d'histoire des sciences, Lavoisier Tec
& Doc 1987.
9 Pour les découvertes de Max PLANCK, on pourra consulter la référence 3 ou Alfred
KASTLER; Max PLANCK et le concept d'énergie lumineuse ; conférence dont le texte a été
publié par le CUIDE. Le texte en a été réédité par le BUP (BUP n°797 doctobre
1997 page 1621).
10 Hubert GIE; L'introduction de la constante d'action h; BUP n° 679 page 327; "Cet
exposé s'inspire très directement" du texte de la conférence ref. 9 qui était
devenu difficile à trouver avant sa réédition..
Jean-François LE BOURHIS - IA-IPR de Sciences
Physiques
Académie de Caen / mai 1998
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